Voici, après un an de recherche et de documentation, les commentaires que m'inspirent la période de présence française en Indochine.

1 - le droit évident et naturel des peuples de l'Indochine à leur indépendance, chacun dans son entité géographique définie.
2 - l'apport immense de la colonisation pour l'affirmation des différents peuples et pays et la mise en avant de leurs identités propres
3 - L'étendue des réalisations dans tous les pays de L'union Indochinoise, routes, ports, universités, hôpitaux, agriculture, villes …. Compte tenu du nombre infime d'Européens installés sur place ( 35 000 au maximum pour plus de 20 millions de locaux).
4 - Les qualités étonnantes des Vietnamiens, des Laotiens et des Cambodgiens et leur courage éternel
5 - L'illustration symbolique de l'attachement des troupes coloniales à l'armée française. L'union entre frères d'armes au sein des merveilleuses troupes d'Afrique qui ont tout donné pour la France depuis 1914 et dont on parle trop peu.
6 - La critique souvent entendue quant à la brutalité de la présence des Européens et leurs moyens de répression ; l'histoire permanente nous prouve que cette colonisation n'a pas été pire que d'autres colonisations, entre populations de même couleurs ou de couleurs différentes . Cela n'excuse pas les abus et les exactions mais elles sont toujours le fait du dominant, il est à noter que les dominés, une fois dominants, tombent souvent dans les mêmes excès .
7 - La forte compatibilité entre les peuples Français et ceux de l'ancienne Union Indochinoise.

les résultats concrets indirects de la présence française
1 - Le Vietnam est indépendant et unifié : sinon le Vietnam serait sans aucun doute partagé entre la Chine et le Siam . Même remarque pour le Laos et le Cambodge
2 - Les Vietnamiens ont le goût et l'attirance pour les sujets intellectuels et les arts en général
3 - Tous les apports dans les domaines de l'agriculture qui permettent, aujourd'hui au Vietnam d'être un gros exportateur de riz, de café, de caoutchouc, etc
4 - Une partie importante de la population est Catholique ou Chrétienne, ce qui assure une communauté de pensée avec notre propre civilisation, l'écriture Vietnamienne, élaboré par un missionnaire Français est aussi un vecteur de l'éducation et de l'affirmation d'une indépendance et de l'unité du Vietnam.( une affirmation hors influence chinoise )

Les erreurs de la fin de la colonisation
1 - de la part des Français : de ne pas avoir compris que les Vietnamiens avaient toute capacité à gérer le Vietnam de concert avec l'administration française dans un premier temps, puis seuls dans un deuxième, dans le cadre d'un " Commonwealth " à définir.
2 - de la part de de Gaulle d'avoir voulu ré -imposer, par la force et la malice, la toute-puissance de l'administration coloniale, alors même que durant l'occupation Japonaise, la France avait brillé par son impuissance, et malheureusement prouvé ses limites .
3 - que de Gaulle et son représentant, d'Argenlieu, aient sabordé le travail d'hommes remarquables comme Le général Leclerc ("L'anti-communisme restera un levier sans point d'appui entre nos mains tant que le problème du nationalisme n'aura pas été résolu") qui avait réussi à créer la confiance avec le Vietminh. Le Vietminh, malgré ses orientations communistes, semblait en 1945 prêt à conserver tout l'apport de la France, et son influence sous certaines conditions d'unification du territoire du Vietnam, et prêt à prendre en main son destin. Dans cette optique la France, qui avait formé les élites du Vietminh, aurait sans doute épargné ä L'Indochine, aux colons et aux troupes françaises et coloniales, 10 ans de guerre inutiles et un rapatriement affligeant, qui a rayé de la carte 2 siècles de présence, car elle aurait conservé toute son influence économique et au sens large géopolitique, dans la sous région, au lieu d'en être totalement exclue aujourd'hui.
On ne peut que rêver à ce que serait aujourd’hui l’Indochine francophile: paradis terrestre et population éduquée comme celle de Singapour ou de Taiwan. Mais cela de Gaulle, éminemment provincial et franchouillard, dans ses attitudes, et visiblement peu enclin à essayer de comprendre et d’aimer les peuples de l’Empire (contrairement aux Lyautey et autre Leclerc), ne pouvait en avoir la moindre intuition.
4 - Evidemment, le lâchage inexcusable de tous les partisans des minorités qui avaient soutenu les Francais dans leur lutte contre les communistes du Nord Vietnam.
5 - la duplicité des politiciens Français, qui, eux-mêmes embourbés dans leurs inconsistances de l'après guerre, se sont servis de la bonne foi des nombreux militaires et volontaires des troupes coloniales, pour les abuser en leur faisant croire qu'ils se battaient pour défendre ( et sauver l'honneur souillé de 1939 ), les valeurs de la Vieille France, alors que ces mêmes politiciens ne connaissaient même pas l'Indochine, ni l'Empire et ses peuples souvent admirables de potentiel et d'affection pour la France.
6 - Le laxisme et l'incohérence des gouvernements qui se sont succédé en France quant au trafic des piastres, lequel a démarré en 1948 pour ne prendre fin qu'en 1953 avec la dévaluation de la piastre; ce trafic a irrémédiablement entaché la réputation de la France en Asie.
7 -La médiocrité éclatante des états majors, à Paris, Saigon et Hanoi et de certains colonels et généraux du haut commandement (par exemple le colonel Constant responsable de la calamiteuse opération de Caobang en 1950) faisant opposition au courage, à l'énergie, à l'endurance, et surtout à l'abnégation des troupes de l'empire et de leur encadrement par les jeunes officiers et par les exemplaires troupes de la Légion.
8 - Le lâchage ignoble de la part de certains Francais, notamment communistes, et de nombreux politiciens, et de certains membres de l'état-major, lors du rapatriement des soldats et des prisonniers. Par ailleurs l'attitude honteuse des saboteurs francais, en tout genre, qui ont grandement facilité la victoire des Vietminhs.
9 - L'ambiguité de la position américaine et son aide essentielle au développement du mouvement Viet Minh dans les années 1945 - 1949, le but US étant de chasser la France de ses zones d'influence.

La bataille de Dien Bien Phû
A mon sens, le choix de DBP fut un bon choix car il avait le mérite de desserrer l'étau du Tonkin et de Hanoi, et de concentrer les troupes vietminhs sur un point éloigné, tout en barrant leur progression sur Luang Prabang, Laos, d'où ils s'infiltraient pour redescendre sur l'Annam.
Le problème fut que le commandement de Hanoi n'a jamais voulu s'assurer de la victoire, en ne concentrant sur DBP, que 10 pour cent des effectifs de l'Indo, même au plus fort de la bataille, et que les Américains ont refusé de bombarder les troupes vietminhs, à partir de leur aéronavale, alors que les chinois de Mao, avaient eux apportés leur soutien total au général Giap ( matériel et moral ).
Il est clair pour moi que les politiciens ont laissé tomber le camp retranché, de même qu'ils lâcheront l'Algérie française quelques années plus tard.
A noter que les troupes vietminhs, engagées plusieurs mois autours de DBP, étaient elles-mêmes en quasi révolte contre leur commandement devant la durée de l'épreuve qu'elles subissaient. Le Vietminh lui aussi a été surpris de la résistance héroïque des troupes de Dien Bien Phu; Il fallait bien que ces soldats se battent pour un haut idéal pour tenir ainsi.

En conclusion, permettez-moi de citer une phrase très juste prononcée lors d' un discours à de jeunes lycéens vietnamiens à Hanoi par le Maréchal De Lattre, à l'époque général:
"Soyez des hommes. Si vous êtes communistes, allez rejoindre le Vietminh. Il y a là-bas des hommes qui se battent bien pour une mauvaise cause".

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